La douleur

Le choc. Tomber.

Tomber sur du béton ça fait mal.

Vraiment mal.

Je sors de quatre semaines de douleur aux côtes suite à une chute. Mal en riant. Mal en me couchant. Impossible de dormir sur mon ventre et mon côté gauche. Insomnies. Un vrai plaisir.

Aucune protection ne m’aurait empêché de me froisser ces côtes. Mis à part de ne jamais faire de skate.

Tomber est aussi un art. J’utilise deux techniques pour amoindrir une gamelle. La culbute : Tu te mets en boule et tu roules. Mis à part un petit bobo au coude ou une brulure par-ci, par-là, c’est très efficace. Le mini saut. Quand tu atterris après un ollie et que tu sens que tes appuis sur tes pieds sont mal placés, tu ressautes un tout petit coup, pour ne pas remettre tout ton poids sur la planche. Hop. Et tu retombes sur tes pieds. C’est mieux que sur ta gueule. Tu peux combiner les deux : petit saut…suivi d’une culbute….même pas mal.

Je tombe pas très souvent.

Plus je pratique, moins je tombe. Mais ça arrive toujours sans prévenir.

Quand tu te cognes un os, que tu froisses une côte, que tu brûles ta peau sur le béton ou que ton articulation s’est pliée excessivement, la douleur est fulgurante.

Tu peux être au sol anéantis, ou en train de sautiller, hurler à la mort, rire pour masquer, souffler. La douleur monte encore. Tu te crispes. TU GUEUUULES

Elle monte encore.

Tu as envie de hurler.

PU-TAAAAIN ça fait mal.

Coude, genoux, tibia, crâne, dos, poignet, cheville, épaule, côte.

La somme de toutes tes chutes est présente dans ton corps de souffrance.

Les cicatrices sont les tatouages du skateboarder. A quarante ans, merde.

Je déteste tomber. Ça me fout une trouille bleu.

D’autant que je suis indépendant et que je ne peux pas me permettre d’avoir une jambe dans le plâtre. Je suis sur scène une fois par semaine. J’utilise mon coooorps (mmmhhh) dans mon métier.

Je ne me suis jamais rien cassé. Je touche du bois (et beaucoup de béton)

Je ne porte aucune protection. Chaque fois que j’en mets une, je me fais mal ailleurs.

Tomber ne m’empêche pas de me relever et de me relancer.

Tomber est un rappel qu’on ne peut pas faire n’importe quoi, n’importe comment.

Tomber ça fait mal.

Quand j’ai mal, je pense souvent à ma femme qui a accouché de trois enfants sans anesthésie. Elle a surmonté des vagues de douleur nettement plus fortes que ma petite « meule » de rien du tout. Je pense à elle, car elle avait choisi la voie de la douleur pour donner la vie à ses enfants. Elle avait choisi.

La douleur est sans doute une voie pour être bien en vie. Un choix.

Je pense à ce qu’elle me disait. Accepter la douleur, c’est déjà la moitié du boulot. Travail, on dit. La douleur s’en va toute seule, uniquement si tu la laisses partir.

Et je souffle, je me détends, je lui montre le chemin pour partir, comme si la douleur allait partir. Et elle part.

La douleur disparaît.

Toi tu t’arrêtes une seconde, une minute ou un mois….Puis tu repars.

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