Skateboard is a crime

De toutes les pensées lourdes et sombres sur notre statut de civilisation confinée, j’ouvre la porte la plus légère:  le skateboard.

Respect, incompréhension et soumission: les trois phases du confinement belge

  1. Le respect

Souvenez-vous c’était il y a peu et pourtant déjà cela semble si loin; le 13 mars, les écoles annoncent leur fermeture jusqu’au 3 avril. Ma première pensée (en symbiose avec celle de mes enfants): Génial, on va rouler tous les jours! Mon agenda professiocoronannel d’indépendant s’étant vidé en quelques jours: Un horizon de 5-6 semaines s’ouvre à la glande. Nous allons au skatepark dès le lendemain. L’affluence est énorme. Je m’aperçois des limites de mon raisonnement. Une intuition me dit que ce pourrait être la première et la dernière de ce genre. Un skatepark bondé me semble aussi dangereux en termes de contagion qu’une cours de récré, qu’une lockdown party. Et de fait, deux jours plus tard, la ville de Leuven ferme le skatepark du “Philipsite”. Petit deuil, désappointement et puis acceptation, il n’y aura plus de skatepark avant quelques semaines ou mois. Je me résigne, inutile de jouer avec les règles, car celles-ci font pleinement sens. 

2. L’incompréhension

Une semaine passe, le temps est radieux, la ministre Wilmes insist: Sortez, bougez! Promeneur, joggeur, cyclistes… et skateboardeurs. Dans la rue, je claque des ollies au dessus des plaques d’égouts, sans doute à faire chier mes voisins, mais la rue reste déserte et les voisins sont souriants. Un petit plaisir dans l’océan morose de la pandémie et des courbes qui s’affolent. Seul ou avec mes enfants, je fais des petites sorties en rue. “Back to street”. Je me revois dans le village de mes 15 ans de « petit bourge rebelle », à Lasne, à chercher des bancs, des marches d’escalier, des trottoirs. Les rues de Louvain sont vides de voiture. C’est nickel! Deux jours plus tard, je lis cette déclaration de Pieter De Crem dans la presse: “courir, vélo, ok mais pas de skateboard”(sic). Je sourcille #WTF. Je lis attentivement. Il est question des skateparks fermés. Mais, à nouveau, une intuition me noue l’estomac. I have a bad feeling about this. Pour quelle raison le skateboard serait interdit: ce n’est pas un sport collectif!?

Il y a trois jours, lundi 30 mars. Je suis avec mon fils de 14 ans. Nous sautons des marches sur la place de Heverlee. Il y a un autre duo de skateurs, ados. Nous respectons la distance sociale. Ils sont deux, nous sommes deux, à trois bons mètres l’un de l’autre. La place est grande. Mais l’image fait bugger un flic en moto. Cuir et grosse bmw déboulent  dans mon dos. Il hurle “HEY”et nous ordonne de s’approcher avec des gestes forts. “Alleeeeen fietsen of wandelen. Ok? Geeeeen skateboard! ” Il nous menace d’amende. “Vous ne pouvez pas vous installer, rester sur une place”. Je sens que je n’ai plus quinze ans, car je répond, très calme et du coup il se calme petit à petit. Les trois ados se taisent, sourcils froncés. Un monsieur assis sur un banc, silencieux et invisible pour le policier, n’est pas visé par le sermon. Pourquoi ce monsieur qui prend le soleil peut rester assis et nous devons “circuler”? Dans son argumentation le flic s’embrouille un peu: “pas de sport récréatif / pas rester sur place / faire un tour prendre l’air et rentrer”. La discussion tourne court. C’est toujours le policier qui gagne. Il repart. Nous ne savons pas pourquoi ni comment respecter la règle. Ni quelle règle. Y a un décret ou un AR des jeux interdits? Le foot avec son fils, grimper aux arbres, le fitness, le parkour, tout ça c’est aussi dangereux? Pourquoi un ministre de la défense pointe le canon sur les skateboardeurs?

Je suis skateboardeur, je grinde, je tombe, je râle, c’est dans ma culture sportive. Sinon j’aurais continué le tennis ou commencé le foot pour respecter les lignes blanches marquées au sol. 

J’entend déjà vos réactions pour me calmer: “Martin, t’as quelle âge? fait du vélo, y a pire que toi, les espagnols, les italiens bla bla. C’est provisoire. Faut trancher, il faut simplifier, c’est une crise, il y a trop d’abus. Circule mon grand!”.

Le skateboard en confinement, laissez moi faire le topo. Je sors 30 min par jour. Je circule. Je ne rencontre personne. Je respecte les règles et je me sens très concerné, j’ai trois enfants et deux « recomposés » à ma douce. Pas à pas, nous dépassons le stade de la règle claire et cohérente pour arriver à une règle arbitraire, subjective et stigmatisante sous prétexte de maîtriser. Interdire le skateboard pour la santé publique? Allo les cons? C’est aussi con que d’interdire le voile sous prétexte que ça va aider le terrorisme. C’est aussi condescendant que d’autoriser deux adultes amoureux à se réunir et de l’interdire pour deux ados. Interdire n’est pas une stratégie!

Les amis, désolé d’insister. Si ce policier, ce ministre et les skateboardeurs n’avons pas une discussion et une opportunité de mieux nous comprendre via cette crise, alors la pandémie ne servira à rien et nous en sortirons tous plus frustrés, plus blessés et plus irrités qu’avant et donc….perdant. La crise doit nous amener à discuter de ces points fondamentaux: Quels sont les métiers qu’on veut soutenir?  A quoi donner de la valeur (et nos budgets) Pourquoi j’ai un boulot (à la con) derrière un ordinateur et je suis censé le faire chez moi? pourquoi on mets nos enfants dans des écoles? Pourquoi on fait voyager nos légumes et nos culs fatigués?

Monsieur l’agent asseyons nous et discutons: Qu’est-ce qui vous inquiète? Savez vous que nous allons rester ici un dizaine de minutes et puis nous rentrerons chez nous? Le vélo est aussi une activité récréative, comme le jogging ou la marche, sans plaisir pas d’effort, dans le respect et la vigilance partagée…. Demandez à votre Ministre quel est le problème réel du skateboard dans le risque de propagation de la pandémie et pourquoi nommer un sport aussi ouvertement dans les médias? Quelle est votre opinion sur le skateboard? C’est pas parce que les JO de Tokyo sont reportés que c’est (re)devenu un loisir de drogués en marge. Pouvez vous parler avec bienveillance à ces adolescents (ceux qui payeront ta pension) qui n’ont commis aucun acte criminel, qui sont de gentils petits fils de bourgeois flamand à qui il faut expliquer et non faire peur, alors qu’ils s’amusent avec passion et légèreté dans un climat de merde?

Où est cet espace de discussion? A part les groupes de facebook, superficiels et homogènes, il n’y en a pas. Les médias de masse ne sont pas critiques. Les rues sont vides. Les politiciens ont les plein pouvoirs. Sauvez des vies: applaudissez à 20h, laver vos mains et chacun derrière son ordi. Welcome to Gattaca.

Je suis confiné et infiniment confus, ce 2 avril à vous écrire ces lignes. Je sors avec inquiétude. Pas de la contagion, mais de la crainte de l’arbitraire policier. Je vois clairement que nous sommes priés de suivre des règles devenues idiotes et que nous n’avons pas des réflexes sains face à la crise. Il faut critiquer, se remettre en question, se comprendre.

3. La soumission.

J’ai adapté mon jargon, mon attitude. Je vais « sortir » et « faire du sport », comme chaque jour vers 15h, avec mes enfants. Nous partons en « promenade », avec nos shortboard, des skate de roulage. Nous zigzagons, nous slalomons, nous roulons, comme des vélos, comme des piétons. Nous ne nous arrêtons plus, nous faisons du tourisme. J’ai préparé mon histoire. Je scruterai l’horizon, les combis de flics, comme si j’étais un trafiquant ou un clandestin. La police ne pourra à mon avis pas nous arrêter, car nous respectons exactement les mêmes règles que les autres. Mais nous serons probablement fichés. Désolé si vous trouvez que j’exagère, mais une ombre de totalitarisme plane désormais sur nos vies. Le controle est un ami puissant et dangereux.

Un dimanche au parc …de béton

Pour Serge, c’est un rendez-vous sacré dans son agenda familial. Il emmène son fils Liam au skatepark, qu’il pleuve ou que le soleil brille, chaque dimanche matin. Mons, un hangar aménagé en skatepark intérieur abrite des quarters en bois à l’envi. Tout le monde y trouve son compte. Skate all year.  J’ai fait le déplacement ce matin là, pour découvrir le nouveau parc extérieur, inauguré l’été dernier, tout lisse, tout beau. Et me retrouver entre pairs, entre pères. Le dimanche matin, de nombreux papas viennent avec leurs enfants. La petite différence, c’est que Serge, comme moi et une bonne partie des parents présents, roulons avec nos enfants.

Un autre dimanche, je rencontre Florent à Overijse, papa de deux garçons. En fonction de la météo et des autres obligations familiales,  il fixe sa destination. Habitant Lillois, il revient d’un anniversaire près de Grez-Doiceau, fait le détour pour passer une heure de roule sur le béton flamand. Gil, mon beau frère, a deux filles. Du coup, il roule souvent seul, meme si sa cadette ride avec beaucoup d’assurance. Il y a Laurent, habitué de Jodoigne (il a construit le parc avec d’autres adultes). Soit, il vient seul le soir entre potes soit avec ses gamins, le dimanche. Il tente de motiver son fils au skate. “Allez monte sur ta planche. Laisse ce vélo!” A Louvain, il y a une bande de vieux, les « Nonkels » (traduire les Zoncles). L’un d’entre eux a un fils qui roule, Alexander. Papa Erwin, aime le tourisme des parcs à béton. Ils se déplacent en voiture à la découverte des nouveaux spots: Wevelgem, Turnhout, Tongeren, ….ou filent la journée au Luxembourg en fonction de la météo, du temps libre et, à nouveau, des impératifs familiaux. Sa fille fait du patin à glace. Est-ce que Erwin est à l’aise sur la glace? 

Les papas skateurs du dimanche vous saluent!

Puis il y a les piétons. J’ai (un peu) pitié d’eux. Les parents accompagnateurs non skateboardisé restent plantés au sol. Assis à lire ou à swiper leur smartphone, à prendre une photo, à stresser des potentielles chutes. J’ai envie de leur proposer “t’as pas envie de commencer? Tu veux essayer ma planche?” Qui va leur apprendre ces pauvres marcheurs? “C’est comme le vélo. C’est difficile au début, mais tu vas y arriver.” Ils se tiennent bien rangés sur le bord, d’un air assuré. Ils ont froid en hiver. En été, ils brulent surexposé au soleil. Ils contiennent toute leur incertitude, mais ça se voit qu’ils s’emmerdent. C’est long d’attendre que leur progéniture se fatigue. Le plus souvent ils doivent lancer cinq fois l’ultimatum. “Allez on y va maintenant! » Et d’invoquer une excuse qui sonne …“faut”: Faut faire les devoirs/ Faut aller manger/ Faut prendre le bain” Les enfants n’ont jamais envie d’arrêter. 

Pour le papa skateur il n’est pas rare que l’aîné soit encore chaud, après deux heures, alors que les enfants, eux, veulent rentrer. “Papa, on rentre quand?” me supplie le plus jeune. Au départ et à l’arrivée, c’est souvent moi qui pousse. “Debout! On va au skatepark…. Il fait beau. On mets ses pompes, on y va! hop hop on discute pas…” Pas sur que ce soit la bonne manière de les motiver. Mais quelles sont les justes motivations pour faire du sport? Et pour le skate en particulier?

 Tous ces papas, comme moi, sommes la génération qui avons roulé en rue, en street, dehors, parfois pour “fuir” les parents et la maison, à l’adolescence. Que donnera cette nouvelle génération “Je-roule-avec-papa”? Fini la rébellion? Tous dans les parcs? Happy family?

Ce matin, je veux aller à Bruxelles (Anderlecht – indoor). Mon ainé de 16 ans, fan de roller me largue. “Non au Byrrh,  ils acceptent pas les rollers”. Il reste au lit et il finira devant sa PS4. Je rumine en silence. Le conflit de génération, il est toujours là, mais ailleurs. J’aimerais qu’ils sortent moi. … “Trop la flemme, papa”.

“Hey Mathis, tu veux un biscuit?” Putain, ta gueule j’aurais crié à mon père. J’ai l’air d’un con. C’est quand que je vais leur donner honte d’être leur papa poule?  Réponse? Le jour où ils viendront plus avec moi au skateparc le dimanche“

De mon temps, y avait pas tous ces parcs” je m’entend parler « vieux con » à un autre père à roulettes. Est-ce l’oeuf ou la poule? La prolifération des parcs en béton ces dix dernières année aura certainement remis des quarantenaires sur le grip. Une nouvelle habitude s’est installée dans la vie de famille de skateurs, le dimanche On va rouler. 

Y a une bonne ambiance, les parents donner des petits conseils aux plus jeunes, de se féliciter des prouesses, de bouger, chacun à son rythme, chacun à sa manière, dehors, dans le froid ou la chaleur. J’aide un papa piétons à expliquer le drop à son fils. Si tu l’as jamais fait, c’est difficile à expliquer.

Cours gratuit, pic-nic en été, thermos en hiver. Venez passez vos dimanches matins en skatefamily au parc. Y a de la place pour tout le monde. 

 

Le voyage d’affaire

Je travaille dans des salles de formation, des salles de réunion, des villes.

Mercredi, je donne une formation au Storytelling à Liège. Voyage en train depuis Leuven, planche dans le pose bagage au dessus de ma tête. Sous mes apparences de mobilité douce, c’est à autre chose que je pense. Une fois le cours terminé, je prends le bus 21 vers le quartier de Cointe pour RIDER! Fin de journée d’automne. Sec. Temps doux. Session de 18h à 19h30. Puis retour en ville où je dîne en amoureux.

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Mardi suivant. Deux jours de formation sur le Feedback au Luxembourg avec nuit à l’hotel sur place. Je déteste partir plusieurs jours pour le travail, vivre dans une bulle d’expat ou tout est propre et structuré. Heureusement, il y a le skate, sale et chaotique. Je covoiture avec mon associé et dépose dans son coffre un sac à dos compact: ordi, chemises, veston ET ma planche. En fin de la première journée, j’ai prévu de faire une session en plein centre. Je n’ai jamais été aussi content d’aller au Luxembourg. Je n’ai pas encore pu rouler dans le récent Petrusse Parc. Je suis impatient, toute la journée, à chaque pause, je scrute le ciel, gris et nuageux. Pourvu qu’il ne pleuve pas. J’arrive sur place à 17h30. Quelques lignes dans le bowl, puis de fines gouttes se mettent à tomber. Déception. Ce sera pour la prochaine fois, des dates en novembre, décembre, janvier, en plein hiver.

Un consultant, c’est beaucoup dans la tête. Un skateboardeur c’est de la tête aux pieds.

Tour & taxis, Bruxelles. Work and skate. Allée du Kaai. Après une réunion de briefing chez Bruxelles Environnement, deux heures de battement s’offrent à moi avant la prochaine réunion, chez BNP Paribas Fortis à moins d’un kilometre de là. J’aurai pu m’installer dans la cafétaria et travailler,  dans un coworking ou chez Exki. Et quoi encore, non mais tu rêves? J’appellerai un client, dans l’herbe, au bord du canal, entre deux rides. Je sors ma planche de ma voiture. Un pantalon de rechange. Une bouteille d’eau. Seul. Respirer. Bouger.

Je vais transpirer. Dans ma chemise, mes sneakers casual chic et mon petit pull élégant Massimo Dutti. Mais je vais pas puer. Car je suis heureux.

Le mois prochain, destination Verviers…Y a quelque chose là-bas ? Rien. Merde. Zut. Dommage que je vais pas plus souvent bosser à Anvers, Alost, Brugge ou Courtrai, y a des beaux skateparc par là-bas.

Namur lundi. Merde, pas le temps de passer par Jambes. Aucun temps mort. Journée bourrée. Sur le départ, j’y pense un instant. J’aime bien le parc de Jambes, le long de la Meuse, c’est apaisant. Dommage.

Vendredi, toute la journée dans un espace confiné, slides, airco et sortie de Bruxelles en voiture, via l’E411, passage possible par Overijse et Ottignies, deux skatepark très différents. J’ai le choix. Finalement ce sera Ottignies ou je retrouve Gil. Rituel de début de weekend. On se vide la tête. Pas de bière ou de terrasse. Une bonne dalle en béton.

J’aime mon boulot. Il occupe beaucoup  mon esprit. Même en période de « rush », comme ce mois d’octobre, je parviens à caser une heure par ici, une heure par là. Chaque déplacement m’offre une possibilité de rider. Un œil sur la météo, l’autre sur mon agenda. Ma planche est toujours dans mon coffre. Et l’indépendance prend tout son sens.

Le Trainboard

Vous avez déjà pratiqué le trainboard. ou le métroboard? ou le busboard? Si si.

Souvenez vous! La dernière fois que vous avez étiez debout dans un transport en commun. Il n’y avait plus de places assises. Vous oscilliez en fonction des mouvements du train en marche: gauche, droite, aiguillage, montée, descente. Votre corps bouge, mais allez vous tomber? Non, car vous tenez fermement la poignée ou la barre pour ne pas perdre l’équilibre. Si vous lachez vos mains, alors vous pratiquez le trrrrainboard, l’art de surfer dans les transports en commun.

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Vous vous êtes déjà écrasé sur un autre usager. Genant.

Comment tenir sans tomber? Si personne ne l’a encore inventé, voici votre leçon de Trainboard:

  • Regardez dans le sens de la marche du train.
  • Disposez votre pied de référence vers l’avant (moi, je suis regular, c’est le pied gauche) et l’autre pied dans l’alignement, comme si le plancher du wagon était une gigantesque planche de skate ou de surf.
  • Pliez légèrement vos jambes de manière à sentir votre bassin capable de bouger en fonction des mouvements du train. Vos jambes vont amortir les secousses.
  • Sortez vos mains des poches, si vous débutez, posez les sur les sièges mollement, ou faites des petites ailes comme quand vous êtes en équilibre sur un fil de funambule. Look de débilos garantis.
  • Rester debout, pas trop proche des gens.

Vous êtes en position, reste plus qu’à laisser votre corps bouger en souplesse. Vous êtes le roseau qui plie, mais ne cède pas.

Vos pieds sont bien à plats, tels des ventouses, mais tout le reste peut bouger.

Le trainboard est vraiment la version la plus looooongboard du monde.

Votre regard va au loin, il peut vous aider à anticiper le mouvement du serpent d’acier sur ces rails. Ne regardez pas les gens, vous allez vous crisper. Laissez les tapoter sur leur ordi, regarder netflix ou envoyer des sms, lancez vous dans le Trainboard.

  • Quelques conseils supplémentaires:
    Attention la jonction bord midi à Bruxelles: obscurité dans les tunnels, aiguillages difficiles à anticiper et nombreux, arrêts brusques.
  •  le Thalys est réservé aux experts. Il va vraiment vite. Vaut mieux aller dans les sas d’entrée près des toilettes et ouvrir grands les bras.

Le trainboard est un excellent simulateur de skate. Si vous sentez que vous tombez, vous pouvez facilement vous rattraper. Le ticket à l’heure est relativement bon marché, par rapport à l’engin. Et il peut se pratiquer discrètement. Il est particulièrement adapté aux vieux skateboardeurs refoulés en navetteurs quarantenaire au bord de la déprime. Sensations garanties.

Brompton vs Skateboard

Gare d’Ottignies, un jour de semaine, heure de pointe. Je croise un porteur de vélo pliable, sur le quai en direction de Bruxelles. Ma planche à roulette sous le bras, son origami métallique au pied, deux beaubobos s’échangent un regard sur leur engin multimodal de référence. Le skate de “crusing” (déplacement) possède ce point commun avec le vélo pliable d’être transportable et de se glisser dans les coffres de voitures, trams, trains.

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Mobility mates (Bruxelles)

Si proches et si différents, le brompton et le skateboard se font face dans un duel à 10 vitesses.

  1. Freins. En skate, tu vas moins vite qu’à vélo (entre 8 et 20 km/h), mais t’as pas de freins. Pour freiner, deux techniques s’offrent à toi. Version longue (7-8 mètres): Tu gardes un pied sur la planche et tu plaques l’autre au sol. La gomme de la semelle adhère au bitume. Version courte (deux mètres), tu sautes et tu t’arrêtes.
  2. Kit “sécurité”. Je réalise que je ne porte pas de casque de protection sur mon crane de quarantenaire en perte de cheveux. Ni tout l’attirail de « voir et être vu »: phares, gilets, catadioptres. Nada. Un début de sentiment de culpabilité m’envahi, subitement dénigré par le tout-puissant  “skate or die”. Quand même… j’y pense (et puis j’oublie).
  3. Volant. Le guidon. La fourche. Les poignées. Partis! En skate, tu tournes avec les pieds. Tes mains sont libres. Dans les poches, dans ton nez, portant un sac, un classeur ou un portable. 
  4. Budget. Un excellent longboard tourne autour des 250 eur. Le Brompton coûte 3 à 4 fois plus cher. Du coup, ça me donne un argument de plus pour avoir plusieurs skates.
  5. Cadenas. Il est à ma connaissance impossible de cadenasser un skate. J’ai tenté plusieurs techniques, mais les cadenas sont fait pour les vélos. Sur le coup, j’imite la loi des Brompton: “jamais n’abandonne ton engin en rue”. Douce horreur, je suis obligé de constamment le porter, ce qui me contraint à frimer en permanence (je déteste). Et je me sens intimement proche de la philosophie Brompton: la frime en douce, genre “j’ai pas le choix, tu vois, je dois le porter avec moi. Il est beau hein?”
  6. Revêtements et pluie. Je ne roule pas sous la pluie, car les roulements rouillent trop facilement. Et la distance de freinage se multiplie par 2 ou 3 (les semelles glissent sur l’asphalte humide cf. 1). Même combat pour carrelages, pavés, béton pourris, le skate en main. Le parapluie dans l’autre. Hops dans le bus.
  7. Bilan carbone. Sept plaques en bois comprimées (made in china, j’avoue), deux axes en alu, quatre roulements et quatre roues. J’aime croire qu’un skate est le moyen de déplacement le plus écologique à produire du monde. Mais j’ai pas vérifié. Skate rime avec paresse.
  8. Statut social. Rouler à vélo est très “normal”, voire complètement banal. Rouler en skate est plus « visible » (et surtout beaucoup plus bruyant sur du béton). L’un semble adulte et l’autre donne un air d’adolescent. J’ai rarement des costard Armani en longboard. Difficile de trancher les questions de style. Sauf un cas: Sommes-nous tous d’accord pour dire que les plus débiles à regarder rouler sont les zombies silencieux en Hooverboard?
  9. Poids. 2,750kg pour un skate contre 12kg pour un vélo pliable. Que j’ai pitié de voir les navetteurs dos courbés, remonter des escaliers, portant à bout de bras leur Brompton et fontes chargées. Combien de dos pliés, meurtris, coincés, hernies, lumbagos et d’heures de kiné.
  10. Conversion. Montre en main, tu passes du statut skateur à piéton en ¼ de seconde. Record imbattable. Ce qui te permet, en toute légalité, de profiter des passages pour piétons, feux, passerelles, sous-terrain, ascenseur, sans aucun complexe ou peine d’amende.

Last but not least…

Le danger…(ou la conclusion ‘mobilité douce’ du Sergent Ophooooven)

« Tu as pas peur de te faire mal? Le skateboard c’est dangereux quand même. » me dit-on. Rouler et tomber: l’équilibre est le grand point commun cyclo-roulette, à deux ou à quatre roues. Le vélo, malgré son image de mobilité douce, écologique et zen est dangereux. Les accidents de vélo sont en augmentation constante à Bruxelles. Tous les usagers faibles sont en danger, le skate, la trottinette, le roller ou le vélo. La vitesse, comme partout, est le plus dangereux des facteurs, suivis de la distraction. Debout sur mon skate, à presque 2m de haut, je vois au dessus de toutes les voitures. La position, plus haute encore que celle du Brompton déjà très haute, donne à mon sens un plus grand atout sécurité pour anticiper les dangers de la circulation urbaine.

Alors, prudence, plaisir…et bonne route.

L’ours

Les ours à roulettes taoutés

Vieilles vans puantes aux pieds

Couverts de poils hirsutes, sortent de leurs tanières

Mal lechés

Après deux mois humides, sombres, à rouler dans leurs grottes indoor, poussiéreuses, froides, exigues, l’ours remet les pieds dehors. 

Les feuilles mortes pourries se sont envolées.

Au flair. Au nez. L’instinct ne se trompe pas. L’hiver s’en va.

Fini le bois des skatepark indoor. Retour sur le béton. Sec. Douloureux à la chute. 

Prudence. Petits pas. Mes os sont fragiles.

Muscules atrophiés par l’inactivité. 

Rouillé. 

Grippé. 

Vieux de deux mois dans le froid.

La lumière fait mal aux yeux.

Je laisse encore mes gants.

Couche après couche, le réchauffement est lent.

Les vieux squelettes à roulettes peuvent se remettre à rider.

Repartir à la chasse

Respirer et rouler.

La preuve

C’est officiel: A 41 ans, je fais mieux du skate qu’à 19, l’âge où je suis devenu raisonnable, où j’ai commencé mes études de commerce à l’ICHEC où j’ai abandonné mes passions pour « préparer mon futur. »
Le futur est un leurre que j’ai fini par abandonner. J’ai repris une passion là où je l’avais abandonnée. prudemment. Un peu comme un vélo qu’on dépoussière. L’équilibre ne se perd jamais.
Vingt ans plus tard, je me retrouve sur des roues. L’improvisation, la danse, le yoga ont fait de moi un homme plus souple que je l’étais à 19 ans. Dans le corps ET dans l’esprit.
Le corps vieillit, mais j’en prends mieux soin qu’à 19 ans.

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Ce frontside ollie, souple, presque zen, capturé par Wim Dewaele est la preuve que j’ai dépassé mon niveau de l’époque. J‘en suis le premier surpris, un peu ému. Joie.
Ne considérez pas quelque chose que vous avez arrêté comme une décision définitive. Vous pouvez reprendre continuer. Même 22 ans après.

L’Olympisme

skateboarding-olympics_eavola_1_vpf4f6L’esprit Olympique, les médailles, la torche, les nations qui s’affrontent, le podium, le monde est enflammé par les JO de RIO… Depuis mes premiers émois pour les exploits de Carl Lewis en 1984, l’Olympisme a conquis de nouvelles disciplines. Le football.. chouette. La balle pelotte ? Ah non pas encore. En 2020, ce sera le tour du skateboard. WTF ?

Pourquoi l’Olympisme me fait chier et le skateboard ne sera jamais un sport olympique ? 

Je rentre dans un café à Leuven, il est 9h du matin. Deux spectateurs fixent un écran gigantesque. Ils regardent le hockey. Ils avouent l’un à l’autre qu’ils ne connaissent pas les règles. Pourquoi ces deux gusses regardent la télévision à 9h du matin ? Ah, c’est en direct ? Le décalage horaire ? Ils ont rien d’autre à foutre ? Re Ah : Y a des belges qui jouent ? Ha… c’est ça le truc ? La Belgique serait donc le moteur de leur attention ? Comme quand y a des morts belges dans un attentat ? C’est plus grave ? C’est plus important ? Comprend pas. Mince. Je vais devoir m’émouvoir de la nationalité des skateboardeurs ? Rien que de voir un skateboarder avec un maillot aux couleurs belges, j’ai un fou rire. La célébration en skate, c’est de voir du beau, des tricks: 360°, backflips, ollie impossible et no comply, pas des défilés de drapeaux.

La culture de la médaille a envahi toutes les activités : de l’employé du mois au gouter d’anniversaire, les trophées littéraires, Question pour un champion, Koh Lanta, The Voice. BERK. PROUT. La monoculture du champion réduit notre cerveau à une perspective unique : être le number one. Un jury, des points, un résultat, on applaudit un champion. Les champions, c’est détestable. L’idée qu’il y a un champion et que les autres ont perdu me déprime. Le skateboard olympique c’est aussi nul que le cirque compétitif, que le saut à l’élastique comparé, que le street art au musée et la danse contemporaine à la radio. ça existe les awards de la méditation? La compétition n’est pas dans l’ADN du skateboard. Le skate, c’est une apogée de la liberté, de l’éphémère, de la saleté, de l’entropie, de l’inutile, du plaisir de se faire mal et de recommencer. Alors t’es gentil, mais ta médaille de récréation et ton beau bulletin, tu les ranges dans ton cartable au vestiaire. L’horreur d’une médaille est qu’elle fige à jamais une instant. « Une médaille dans une vie ». Et le reste, c’est de la merde ou quoi ? Continue à jouer. Elle se grinde ta médaille?

Je ne joue pas au hockey, ni au rugby, ni au javelot, ni a ces foutues milliers de disciplines olympiques. Pourquoi l’olympisme se sent obligé d’intégrer tout ce qui ressemble de près ou de loin à un sport. Et la F1 ? Il paraît que c’est un sport. Aaah, les moteurs ? Et papa au foyer ? C’est pas un sport ça ? Parce que là, j’ai mes chances.

Arrêtez cette bienséance nauséabonde de « reconnaître une discipline » en la passant à la moulinette à médaille. Vous croyez que les jeunes vont être moins emmerdés par la police quand ils roulent en rue ou parce qu’ils claquent des ollies sur une place publique ? Et la drogue ? THC ? Alcool ? Vous connaissez beaucoup de tennismen ou de joueurs d’escrimes qui se roulent un joint sur le bord du terrain avant un match ? La différence entre un athlète et un branleur sur roue ne tiendrait alors que dans ces quelques grammes d’herbe partis en fumée ?

« L’important c’est de participer ». Joker: Le slogan de Pierre De Coubertin. Petit rappel sémantique : Participer, c’est prendre part. Les deux buveurs de bière à 9h du matin, le cul sur leur siège, ils participent à quoi au juste ? Aaaah, oui, c’est ça, ils consomment ! Ils supportent l’industrie nationale, ABinBev. Alors je corrige. « L’important c’est de consommer » Le slogan du CIO est aussi vrai que coca cola est fournisseur de bonheur. La seule prouesse de coca cola est de fournir des blocs de sucres sous forme liquide et d’y coller le bien-être et l’amitié. Le seul vrai bilan des JO est le compteur des médailles et le PIB du pays hôte après investissement. CIO, my dear, je te propose d’intégrer le championnat mondial de barbecue (ça existe) en 2020. Là au moins tout le monde en profite : le champion a une médaille et les spectateurs mangent les saucisses.

Le skate n’est pas olympique. Viens au skatepark, il est ouvert, faut pas d’abonnement, je te prête ma planche si tu as pas de matériel. Si tu roules pas, tu écoutes la musique et tu regardes. Pas de profs, pas de coach, pas de licenses.

No rules, no time, no goals, no champion.

Vous croyez qu’il y aura catégorie « plus de 40 ans »? aux Jeux. Y a pas des milliers de skaters belge de plus de 40 ans. Hé, j’ai peut être bien une chance de devenir athlète olympique. Nom de tchu. Chou, les enfants. 2020 Tokyo. Banzai. Je pars m’entraîner.

 

Les pantalons troués

 

5_30_2016 2_38_19 PMIl t’arrive souvent de rentrer du boulot avec un pantalon troué ?

Heureusement que ta mère est plus là pour te gronder « Qu’est ce que t’as encore foutu à la récré ? ». Tu te regardes seul comme un con avec ton beau pantalon troué. Merde.

Un jeans Massimo Dutti –  Un beau pantalon suedois Dunderdon – Un magnifique tissu Hugo Boss – Un vieux jeans Krew – Un jeans en chanvre Hemp Company.

 

En réunion, les pantalons troués se voient pas grâce à la table.

En formation, c’est plus emmerdant, car je suis debout, mais très souvent assis en cercle. Et là, le trou est aussi visible que une braguette ouverte sur scène.

Faut alors que j’explique que je fais du skate.

Je troue un pantalon en tombant. En bas d’un escalier, une plate-forme ou dans un bowl. La planche file et je me rattrape avec les mains et les pieds. Mon genou sert d’appui. Je glisse le long de la paroi. Mode toboggan jusqu’en bas, le genoux touche. Le trou se forme par frottement entre le béton ou le bois et le point de contact de l’os du genou. Ne jamais faire de skate en short (ou alors tu utilises des protections).

J’ai trop souvent improvisé une session après un rendez vous professionnel. Sur le chemin du retour, arrêt à Leuven, détour par Jodoigne et c’est parti. Ma planche et mes pompes sont toujours dans le coffre de ma voiture. Maintenant, j’y ajoute un pantalon. Y en a marre de niquer mes beaux habits. Mais faut pas croire, je les porte encore. J’ai pris goût à raconter leur histoire.

Genou gauche 1 – genou droit 5…Le match des genoux usés a livré son verdict. Les statistiques sont sans appel. La peau du genou est parfois touchée, brûlée. Elle se répare en quelques semaines. Les tissus restent troués. Quand t’y penses, c’est fou. Y a un coté magique. Ta peau répare les trous. Les pantalons, c’est des mémoires de blessures. Ils restent troués. Les recoudre ? Inutile. La couture se verrait. Un trou reste un trou. Il s’agrandit, c’est tout.

« Le skate est un accélérateur d’entropie » écrit Raphael Zarka. La matière est destinée à se détruire, à se transformer, à s’user. Dire que j’abîme mon pantalon est idiot. S’asseoir le cul à sa chaise de bureau tous les jours aura le même effet sur un tissus, plus lentement. Tu l’auras pas vu. Tu le remplaceras. L’usure rimera alors avec ennui, lenteur, oubli. Le skate accélère le processus d’usure, c’est tout.

Je me suis bien amusé. La prochaine fois que mon fils rentre de la récré avec un pantalon troué, c’est qu’il se sera bien marré. L’entropie serait-elle proportionnelle avec le plaisir ? Un nouveau critère de bien-être au travail ?

Déchire ton froc, mec. Saute sur ta table de réunion. Glisse sur la rampe d’escalier. Jump sur les cloisons de paysagers.

Zen Park

Le skate est né de l’eau. Les surfeurs californiens, en panne de vague, ont monté des axes et des roues à leurs planches en bois et se sont mis à dévaler les rues et trottoirs pour retrouver leur sensations. Venice Beach, Dogtown et les Z-boys.

C’est le manque d’eau, la sécheresse, qui va aussi être à l’origine du développement du skateboard. Les piscines sont vides, suite à une interdiction de les remplir décrétée par les autorités californiennes. Les skateurs envahissent ces espaces vides. Les « bowls »et les « pipes », gigantesques tubes d’écoulement des eaux mis à sec entrent dans le vocabulaire de la planche à roulette. Les canaux et bassins d’orage vides offrent eux aussi des terrains de challenge et de jeu à des grands enfants qui réinventent l’utilisation de l’espace. Le béton à ciel ouvert, lisse, incliné. Des œuvres de génie civil immenses s’ouvrent à une utilisation inédite. (Lire les ouvrages de Raphael Zarka.)

Depuis les années 70, les skatepark fleurissent dans les villes. L’urbanisme aménage des zones dédiées à la pratique des « engins à roulettes ». Je m’assieds sur le bord du skatepark de Leuven en cette fin de journée de printemps. Dos au grillage et face au soleil couchant, je récupère de mes efforts physiques. Ma tête est vide. Je ne suis pas tombé. Je savoure les rayons du soleil sur ma peau qui transpire. Le silence des lieux m’envahit. Au loin, un train passe. Aucune voiture. L’immense dalle de béton taillée de courbes, de creux, de bosses et de fosses semble flotter au dessus du temps. Personne ne parle. Une enceinte bluetooth joue un air de hip hop langoureux qui rythme les allers et venues des riders.

Il règne ici un air de Californie. Un arrière petit fils de Venice Beach habite chaque ville du monde, installé dans les skatepark. Des vagues s’y sont figées. Un magicien a tout pétrifié. Le sable a été brûlé, concrete-isé en béton. Malheur et bonheur du temps qui semble, lui aussi, s’être arrêté. Je pèse cet instant, un grain de calme éternel. L’instant d’après, je respire un peu mieux. Plus au fond. A fond. Je me pose encore, avant de repartir en mouvement.

Viens t’asseoir un instant.

Pose-toi. Le ciel comme seul toit.

Au dessus de la montagne en béton, la vue est dégagée. Les paroles superflues. Inspire. Expire. Welcome in Zen Park. Tu es ici chez toi.cropped-image.jpg

Rendez-vous les dimanches 1er mai et 8 mai, après-midi, ou le mercredi 4 mai en soirée, (par beau temps) au skatepark de Leuven, avec ou sans planche, seul ou accompagné pour un moment zen et skate. Pas besoin de prévenir ni de réserver.